Date de création: 25 février 2010
Employés: 30
Implantation: Luxembourg (Luxembourg)
Activité principale: L'IBBL est une fondation de biobanking et de biotechnologie indépendante à but non lucratif créée pour faciliter une nouvelle recherche médicale de pointe au Luxembourg et amener la prochaine génération de soins médicaux à ses citoyens.
L'Integrated BioBank of Luxembourg (IBBL) est une composante clef de l'effort du Luxembourg pour développer la médecine personnalisée, la discipline qui ajuste les traitements aux besoins individuels des patients. Depuis son ouverture le 25 février 2010, l'IBBL s'est appliquée à devenir un centre international d'excellence et à soutenir des avancées scientifiques qui produiront des avantages économiques et au niveau de la santé. FOCUS s'est entretenu avec le PDG d'IBBL, le Dr Robert A. Phillips, au sujet du rôle de cette institution et lui a demandé comment le Luxembourg pouvait faire la différence.
“Je gère un service de rencontres,” déclare le Dr Phillips en plaisantant. “Je rassemble des gens pour planifier des programmes et collaborer, tandis que la plupart des autres biobanques de par le monde sont uniquement des surgélateurs qui recueillent des données et entreposent des échantillons.” Son ambition est que le Luxembourg “devienne un leader dans l'adoption par le système de soins de santé de nouvelles avancées en médecine personnalisée.” Le Luxembourg est peut-être petit, mais il pense qu'il peut exceller dans la qualité de ses recherches et devenir un leader mondial dans le domaine des tests et de la mise en place de nouvelles innovations en médecine personnalisée.
Dans son travail à l'IBBL, le Dr Phillips met à profit une riche expérience acquise au cours de sa longue carrière scientifique, notamment dans son poste précédent de Fondateur de l'Ontario Institute for Cancer Research au Canada. C'est le projet ambitieux du Luxembourg et son désir d'innover qui l'ont motivé à rejoindre ce pays. Le travail sur le projet IBBL, fondée par les Centres de recherche publics luxembourgeois Gabriel Lippmann, Henri Tudor et Santé et l'Université du Luxembourg avec le soutien du Translational Genomics Research Institute (TGen) en Arizona, a débuté en 2008 dans le cadre du Plan d'action “Technologies de la santé”. Le travail de l'IBBL, qui reflète les priorités de la communauté luxembourgeoise des technologies de la santé, se concentre sur trois types de cancer (poumon, colon et sein), le diabète et la maladie de Parkinson.
L'IBBL ne mènera pas de recherches dans ces domaines mais recueillera les échantillons biologiques et agira en tant que dépositaire de données et pôle technologique. Le Dr Phillips souligne que les laboratoires de recherche peuvent peut-être traiter quelques dizaines d'échantillons, mais perdent pied lorsque ces nombres atteignent les centaines ou les milliers. “Ils ne disposent pas de la technologie ou des processus permettant de réaliser des milliers de mesures de façon reproductible,” déclare-t-il. L'IBBL se concentrera sur le développement de méthodologies de recueil et d'entreposage des spécimens, particulièrement pour les types d'échantillons pertinents pour ses centres d'intérêt. Il pense que de nombreuses biobanques s'éloignent de leur objectif en entreposant autant de matériaux qu'elles peuvent trouver. A l'inverse, la biobanque du Luxembourg a pour objectif d'être un fournisseur efficace, notamment au niveau des coûts, de tissus et de données pour ses priorités de recherche spécifiques.
“L'un des défis auxquels j'ai été confronté par le passé est qu'il est difficile d'opérer des changements du système de soins de santé dans un grand pays,” remarque le Dr Phillips. “J'ai trouvé cela très intéressant que le Luxembourg ait une vision audacieuse... et j'ai été particulièrement impressionné par le dévouement porté par le Ministère de la Santé aux nouvelles avancées de l'innovation.
Dans mes expériences passées, j'ai souvent constaté que les ministères considéraient la recherche comme un problème, parce qu'elle augmentait les coûts sans améliorer les soins à court terme. Tel n'est pas le cas ici.”
L'IBBL établit actuellement une population d'environ 10 000 individus normaux qui pourra être suivie sur 20 ans ou plus. Pour chaque participant, l'IBBL recueillera et analysera des échantillons biologiques (par ex. de sang et d'urine) et, par le biais d'un questionnaire très complet, recueillera des informations sur des facteurs de santé et de style de vie tels que le tabagisme, l'exercice et le régime alimentaire. Bien que le Dr Phillips admette que “cette quantité d'informations ne soit pas réellement suffisante pour répondre à beaucoup de questions”, l'objectif premier est d'établir une base d'informations de grande qualité qui puisse être étendue par d'autres intervenants afin de répondre à des questions importantes. Puisque personne ne peut prédire quelles questions les scientifiques poseront dans 10 ans, l'IBBL crée un échafaudage sur lequel les scientifiques peuvent construire des projets sur de nombreuses années. “Il est important de disposer d'un contrôle qualité et nous disposons des ressources pour le faire,” affirme-t-il.
Les questionnaires de l'IBBL seront alignés sur des projets à plus grande échelle en Europe, qui, ensemble, constitueront un échantillon de près de 1,5 million d'individus. Ceux-ci seraient à leur tour introduits dans des programmes mondiaux, ce qui ferait monter le chiffre à cinq millions. D'autant mieux pour repérer les anomalies. Pour ajouter une profondeur supplémentaire aux données, il pense qu'il est possible de localiser les familles étendues des personnes souffrant de maladies au Luxembourg pour acquérir une vision plus claire des influences génétiques sur les maladies.
Il ajoute que le pays a l'ambition de tenir des dossiers de santé électroniques qui représenteraient une mine d'or de données utiles. “Il faut savoir si un parent a la maladie, comment il a été traité, comment il a répondu au traitement, comment cela a affecté ses enfants...” Garantir l'anonymat et la confidentialité des données de santé est un aspect crucial de ce travail, et pour ce point précis, l'IBBL peut se fier à l'expertise des sociétés qui répondent aux besoins du secteur financier, où la confidentialité des données des clients est un élément clef du processus d'activité.
Cependant, il souligne qu' “aucune des innovations en médecine personnalisée ne verra jamais le jour avant qu'elles ne génèrent des revenus”. L'accord conclu en décembre 2010 avec la société de systèmes d'analyse californienne WaferGen démontre quelques-unes des possibilités. Alors que l'IBBL a acheté un des systèmes analytiques de WaferGen pour étudier les gènes, elle deviendra également un partenaire commercial offrant des services dans toute l'Europe. WaferGen renforce ces liens en établissant son siège social européen et son bureau de service dans les locaux de l'IBBL. Le Dr Phillips déclare que d'autres partenariats de ce type sont poursuivis et qu'il est confiant de les voir se traduire par de nouveaux contrats.
Le déchiffrage du code génétique coûte à présent à peine 2 500 EUR et le Dr Phillips pense que, lorsque les prix baisseront davantage, ce processus de séquençage deviendra une routine. “Je pense que le temps de la médecine personnalisée est arrivé,” affirme-t-il, et le Luxembourg y joue un rôle, en explorant des niches.
Cet article a été initialement publié dans le magazine FOCUS on Research & Innovation in Luxembourg - N°5/2011 - Leading the Way in ICT Security. FOCUS est le 1er magazine professionnel au Luxembourg de langue anglaise consacré à promouvoir l’innovation et la recherche au Luxembourg à l’intention d’un public international.