English version  |     | 
  • Imprimer cette page

Révolutions médicales
25-06-2012


Fin de l'encart
Initiative de Protéomique Clinique du Luxembourg (LCP) en un clin d'œil
Responsable d'unité: Bruno Domon

Date de création: 2010

Employés: 15

Implantation: Luxembourg (Luxembourg)

Activité principale: L'objectif prinicipal de l'initiative est de développer et de réaliser une plateforme proteomique focalisée sur des applications cliniques.


Apprendre à comprendre le flux et le reflux des protéines d’un patient permettrait de révolutionner les sciences médicales. Bien que le Luxembourg ne dispose pas du pouvoir financier pour rivaliser avec les milliards investis dans la recherche en protéomique de part le monde, son mélange d’ouverture et de flexibilité est unique. Bruno Domon, spécialiste réputé a été recruté pour exploiter les opportunités de recherche offertes par le Grand-Duché en fondant l’Initiative de Protéomique Clinique du Luxembourg (LCP) en 2010.

"Beaucoup de gens dans le monde entier dépensent des milliards en tentant de parvenir à une médecine personnalisée," explique le Professeur Domon à FOCUS. "Cependant, nous avons ici un gros avantage car tout un chacun est impliqué, y compris les docteurs et les chirurgiens qui sont très engagés à travailler sur nos projets," s’enthousiasme-t-il. C’est un atout considérable que seuls certains centres aux Etats-Unis possèdent- l’Université John Hopkins à Baltimore par exemple, ou l’hôpital général du Massachusetts à Boston. La recherche menée loin de la vie de l’hôpital ne permet pas d’obtenir une image complète du fonctionnement des maladies.

La cooperation fait la différence

Le centre LCP n’est situé qu’à quelques centaines de mètres du principal hôpital de la capitale, dans les locaux du CRP-Santé, le Centre de recherche public en Santé du Luxembourg. Le centre travaille aussi en étroite collaboration avec des institutions nouvellement créées, en particulier l’Integrated BioBank of Luxembourg et le Centre du Luxembourg pour la biomédecine des systèmes.

Cela fait partie d’un effort plus large de concevoir et d’implémenter des projets qui sont à la pointe de la recherche biomédicale et qui ont comme objectifs de développer des traitements mais aussi de promouvoir les compétences et la réputation du pays comme centre de recherche. Actuellement environ 15 personnes travaillent sur le projet à plein temps. L’éventail de compétences nécessaires est large, demandant non seulement des cliniciens mais aussi des chimistes et des physiciens analytiques, des spécialistes de la bio-informatique et des statisticiens. Ils sont aidés par des douzaines de connections avec des partenaires dans le monde entier.

Une plateforme révolutionnaire

Le travail de l’équipe vise actuellement à créer une plateforme de protéomique pour identifier, quantifier et localiser des protéines dans les tissus et les fluides corporels en utilisant une technique analytique appelée spectrométrie de masse. En analysant des tumeurs des poumons et de la vessie ainsi que des échantillons de sang et d’urine, la plateforme cherche à analyser le comportement des protéines liées au cancer à l’intérieur d’un patient. Ce système permet à environ à une centaine de tests d’être menés à la fois, bien plus rapidement que les systèmes traditionnels, rendant le suivi d’une maladie plus facile, plus rapide et moins chère. Actuellement des résultats similaires ne sont possibles qu’avec des séries d’opérations de biopsie compliquées et onéreuses.

Le centre LCP travaille depuis un an sur cette plateforme et est un des laboratoires les plus avancés dans le monde. C’est un autre avantage que de partir de zéro: avoir la possibilité de débuter avec un équipement de pointe. "En terme d’objectifs, nous ne nous différencions pas particulièrement des autres laboratoires," note le Professeur Domon, "mais avec cette nouvelle technologie nous sommes en mesure de concurrencer d’autres acteurs et de nous faire une réputation."

PEARL: attirer les meilleurs

Ce travail a été facilité par le programme PEARL du FNR. PEARL a été créé pour attirer des scientifiques seniors respectés internationalement et leur permettre de monter des programmes de recherche dans des secteurs d’importance stratégique. L’objectif est d’atteindre une masse critique dans la recherche autour d’un noyau fort et expérimenté. Des fonds allant de 3 à 5 millions sont offerts aux institutions de recherche, avec un à deux prix PEARL décernés chaque année par le FNR. Le Professeur Domon est un des 4 candidats sélectionnés depuis la création de PEARL en 2009. Le projet LCP est un projet du CRP-Santé.

Le Professeur Domon possède une large expérience scientifique à la fois académique (Universités de Lausanne et de Lille, Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) et Institut fédéral suisse de Technologie de Zurich) et commerciale (Ciba/Novartis en Suisse, Biogen et Celera Genomics aux Etats-Unis). Il a commencé au Centre de protéomique clinique à Luxembourg en janvier 2010 construisant le laboratoire à partir de zéro — la quatrième fois qu’il part de rien sur un tel projet, explique-t-il.

Un travail remarquable

Le Professeur Domon souligne que l’équipe en est à la moitié de la réalisation de la plateforme. "Cela fonctionne mais nous n’avons pas encore terminé tous les processus," explique-t-il. La plupart de nos travaux constitue une première et des chercheurs en protéomique du monde entier étudient la plateforme luxembourgeoise et il se réjouie que les efforts de son équipe soient reconnus.

Le Professeur Domon prévoit que dans "5 à 10 ans ces plateformes seront dans les hôpitaux. La spectrométrie de masse est assez exotique pour le moment mais cela deviendra automatique." Plutôt qu’une analyse qui prend des jours, les résultats seront disponibles en temps réel. Les bénéfices pour la santé seront considérables.

La protéomique — vers la médecine personnalisée

La protéomique est l’étude des protéines, les substances bio-chimiques qui sont les composants de base des cellules. La discipline examine les structures et fonctions des protéines et cherche à confirmer leur présence et quantité. Cette information permet aux professionnels de la médecine de surveiller la progression d’une maladie d’un patient avec les "empreintes de la protéine" laissées dans les tissus et les fluides quand le corps combat la maladie. Les avancées dans ce domaine permettraient des diagnostics plus précoces et un traitement médicamenteux plus adapté aux besoins des individus (d’où son nom de médecine personnalisée). Ces avancées permettront aussi d’améliorer l’efficacité de la recherche sur les médicaments.

La protéomique est nettement plus complexe que sa disciple associée la génomique, l’étude des gènes. Alors que le génome d’un organisme est plus ou moins constant, le protéome change de cellule en cellule et change dans le temps. De plus, il y a environ 2 millions de protéines dans le corps humain, c’est-à-dire 100 fois plus que le nombre de gènes.

Cet article a été initialement publié dans le magazine "FOCUS on Research & Innovation in Luxembourg" - N°6/2012 - "Making Materials Smarter". FOCUS est le 1er magazine professionnel au Luxembourg de langue anglaise consacré à promouvoir l’innovation et la recherche au Luxembourg à l’intention d’un public international.